Défi générationnel, charge de la dette : la question des femmes

Virginie Martin, Politologue   La question des femmes doit être regardée de façon spécifique afin de comprendre comment celles-ci sont à la fois impliquées dans le défi générationnel mais aussi dans le défi de la dette. Il n’est pas question ici de « victimiser » les femmes, mais simplement de faire apparaître dans quelle mesure les enjeux [...]


Virginie Martin, Politologue

 

La question des femmes doit être regardée de façon spécifique afin de comprendre comment celles-ci sont à la fois impliquées dans le défi générationnel mais aussi dans le défi de la dette.

Il n’est pas question ici de « victimiser » les femmes, mais simplement de faire apparaître dans quelle mesure les enjeux de la période ont un impact encore plus violent quand ils se conjuguent au féminin.

Premièrement, la précarité. Les femmes restent les premières précaires d’un système qui s’essoufflent depuis des années. Hier, même les plus âgées d’entre elles n’ont pas eu droit à leurs « 30 glorieuses », cachées qu’elles étaient derrière un statut marital qui les a rendues invisibles. Aujourd’hui, l’absence de partage des richesses entre les femmes et les hommes a d’importantes conséquences : la précarité est surtout du côté des femmes. Elles représentent 80 % des travailleurs pauvres – c’est-à-dire ces travailleurs qui gagnent moins que le SMIC – , 80 % des postes à temps partiels sont occupés par des femmes, en moyenne les femmes retraitées touchent une pension d’environ 40 % inférieure à celle des hommes, elles n’ont pas accès aux mêmes études, aux mêmes diplômes, aux mêmes salaires d’entrée dans le monde du travail et sur 2 millions de familles monoparentales, 85 % des parents seuls sont des femmes …

Cette situation nous interpelle sur l’enjeu fondamental qu’est la question de la solidarité entre les générations. Car que se passe t-il ici ? Les femmes en situation de parent isolé doivent faire face seule à l’éducation des enfants – et de la jeunesse en général – mais aussi, dans le même temps, assurer très largement seule les rentrées d’argent du foyer – la question des pensions alimentaires devra être posée par ailleurs. Afin de faire face à cette situation, elles s’adressent le plus souvent à leurs propres mères qui elles-mêmes sont dans des situations précaires, du fait d’une retraite très modeste.

Le lien intergénérationnel se fait dans la précarité, voire la souffrance. Et à la question « qui paye ? » la réponse est simple : les femmes plus que quiconque, que ce soient celles qui ont connu les années fastes de notre pays ou celles qui ont eu 20 ans au début de la crise que nous traversons.

Nous appelons donc aujourd’hui à la prise en compte de la réalité des femmes et à une volonté politique d’inverser la tendance : il faut dès à présent considérer les réalités des femmes de toutes les générations, corriger les inégalités, laisser les jeunes femmes prendre part au débat et aux décisions, investir sur les potentiels féminins … C’est à ce prix qu’elles auront accès à l’autonomie et que nous résorberons une crise générationnelle, économique et sociale.

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