Après la mobilisation sur les retraites, la Cé a interrogé Laurent Berger, Secrétaire National de la CFDT sur leur place dans cette mobilisation et sur leur entrée dans le monde du travail.
1- La réforme du système des retraites a mobilisé de nombreux salariés et aussi beaucoup de jeunes. Quelle analyse fait la CFDT de cette mobilisation et la place que les jeunes (notamment les étudiants) ont prise ?
Les lycéens qui ont rejoint les cortèges à la rentrée sont venus exprimer leur inquiétude quant à leur avenir. Même s’il n’était pas de notre rôle de les appeler à se mobiliser, nous considérons qu’ils avaient toute leur place dans les cortèges. Pour la CFDT, cette réforme des retraites demeure profondément injuste. Même si la mobilisation de 2010 n’a pas réussi à contraindre le gouvernement de revoir sa copie, il est certain que les organisations syndicales ont su gagner la bataille de l’opinion. La CFDT a vu sa proposition de réforme alternative validée par la grande majorité des salariés qui, s’ils gardent ce passage du gouvernement en travers de la gorge, sont bien conscients qu’une réforme du système des retraites est plus que jamais nécessaire. Qu’ils soient rassurés, le gouvernement a gagné une bataille mais n’a pas gagné la guerre pour plus d’équité et de solidarité. L’article de la loi qui oblige à poser le débat sur une réforme globale du système en 2013 nous donne une nouvelle occasion de changer la donne.
2- Peu avant les dernières manifestations contre la réforme des retraites, le gouvernement et les partenaires sociaux ont exprimé la volonté d’ouvrir des négociations sur la question de l’emploi des jeunes. Quel rôle compte jouer la CFDT dans ces négociations ? Quelle place compte-elle laisser aux jeunes ? Quelles seront les propositions concrètes de la CFDT ?
La situation des jeunes sur le marché de l’emploi est grave. Il y a en France un million de chômeurs de moins 30 ans et près de 400.000 d’entre eux le sont depuis plus d’un an. Les difficultés rencontrées par les jeunes ne datent pas d’hier, mais la crise est venue aggraver leur sort en faisant exploser le chômage des jeunes de 30%. Cette situation n’est pas acceptable et la CFDT veut que les partenaires sociaux prennent leurs responsabilités sur cette question. C’est dans cet esprit que nous avons demandé et obtenu que l’emploi des jeunes soit la priorité de l’agenda social pour 2011. Nous voulons obtenir du patronat des engagements concrets et chiffrés sur l’embauche et la formation de jeunes. Accompagnement renforcé des jeunes demandeurs d’emploi, essor de l’alternance, encadrement du recours aux stages et création d’emplois dans les secteurs stratégiques d’avenir : la CFDT a dans sa besace une batterie de propositions qu’elle souhaite mettre sur la table des négociations. Comme nous nous y étions engagés auprès d’elle dès novembre 2010, les organisations de jeunesse, dont la Cé, seront bien évidemment associées à notre approche sur cette négociation. Des rencontres et échanges auront lieu régulièrement avec elles sur les enjeux et l’évolution de cette négociation.
3- Les jeunes sont conscients qu’ils n’auront pas le même emploi toute leur vie et que cela peut être un atout pour eux. La CFDT parle souvent de sécurisation des parcours professionnels. En quoi cela consiste-il ?
Les jeunes sont effectivement lucides sur le fait qu’ils ne travailleront pas toute leur vie professionnelle dans la même entreprise. Pour autant, beaucoup d’entre eux redoutent cette mobilité qui peut être synonyme de déclassement professionnel, donc social. La sécurisation des parcours professionnels, c’est permettre aux salariés de faire des mobilités internes et externes à l’entreprise un atout dans leurs parcours. La formation est au cœur de ce projet. Le système de formation professionnelle doit favoriser l’élévation du niveau de compétences et de qualifications de tous les salariés, et pas seulement des plus formés comme c’est le cas aujourd’hui. Sécuriser les parcours professionnel veut aussi dire faire évoluer nos systèmes de protection sociale pour mieux coller à la réalité des parcours professionnels du XXIème siècle. Les droits étant aujourd’hui très liés au contrat de travail, il est primordial de construire un système où les droits sont avant tout attachés au salarié lui-même. Cela doit permettre de mieux protéger ceux qui n’ont pas encore eu accès au contrat de travail, notamment les jeunes entrants dans l’emploi.
4- Les stages et l’alternance permettent aujourd’hui aux jeunes d’appréhender le monde de l’entreprise pendant leur formation. Selon la CFDT, quels sont les dispositifs à créer pour inciter les entreprises à embaucher des jeunes?
Il n’est pas forcément nécessaire de créer de nouveaux dispositifs pour favoriser l’embauche des jeunes. C’est avant tout sur l’engagement des entreprises dans la formation et l’embauche des jeunes qu’il faut peser. Les employeurs doivent, sur l’emploi des jeunes, passer d’une logique de coût à une logique d’investissement. Notre économie a un grand besoin d’innovation, et l’investissement sur l’emploi des jeunes doit être un des piliers des stratégies déployées pour créer de l’activité. C’est tout le sens de notre proposition de mettre en place des « Emplois-Innovation » qui vise à conditionner des aides aux entreprises des secteurs d’avenir en contrepartie de l’embauche de jeunes pour une durée d’au moins 5 années. Mais attention, ce n’est pas qu’avec des mesures ciblées sur les jeunes que nous allons changer la donne sur l’emploi. Le problème de l’emploi des jeunes est intimement lié au problème global de l’emploi qui touche la France et l’Europe depuis plus de 30 ans. C’est pourquoi la CFDT considère qu’une négociation sur ce qui serait la deuxième étape de sécurisation des parcours professionnels doit s’ouvrir rapidement entre partenaires sociaux.
5- Premier poste de dépense des ménages français (et jusqu’à 70% du budget d’un étudiant), le logement est un facteur essentiel d’émancipation et d’accès à un emploi stable. Quelles sont les propositions de la CFDT pour améliorer l’accès au logement pendant la formation, les stages, la recherche d’un emploi ?
Le constat est clair : l’augmentation du coût des loyers l’an passé et le nombre croissant de mal-logés sont le signe que la crise du logement va renouveler son bail en 2011. Les jeunes, comme ce fut le cas avant 2008, seront parmi les plus touchés par la pénurie de logements et l’envolée du coût des loyers. Dans la même négociation sur l’emploi des jeunes que j’ai évoqué plus haut, la CFDT souhaite qu’Action Logement (ex 1% logement), qui est géré par les partenaires sociaux, s’engage dans la construction de logements supplémentaires pour les jeunes. Nous voulons que cet organisme soit en mesure de construire 15.000 logements supplémentaires par an, dont une grande partie serait des petites surfaces particulièrement prisées aujourd’hui par les jeunes. Nous voulons également développer les résidences hôtelières à vocation sociale (RHVS) pour les jeunes en mobilité, notamment ceux qui effectuent un stage, un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. Nous demandons enfin aux pouvoirs publics de prendre des mesures de régulation stricte des loyers, notamment lors des changements de bail, ainsi que sur le plafonnement du prix locatif dans les zones tendues des grandes agglomérations. Sur le logement comme dans les autres domaines évoqués ici, c’est par une mobilisation de l’ensemble des acteurs que l’on mettra fin au bizutage social imposé à la jeunesse.












Laissez un commentaire