III. D. L'UNEF ne gagne rien, elle ne produit pas de changement
Pour ces dix dernières années, les déclarations de principes sans lendemain ou les accès de mauvaise fois mis de côté, on cherche vainement la trace d'un apport majeur de l'UNEF à la politique universitaire.
A étudier la question de près, on constate que cet apport est inexistant que ce soit dans le cadre d'un projet impulsé par d'autres, ou d'initiatives portées par elle même.
L'UNEF a pris pour habitude de s'attribuer, a posteriori, des initiatives et des avancées qui ne sont pas les siennes. Sans tromper ni les étudiants ni les partenaires institutionnels, cette démarche sert au moins de faire valoir en interne pour « galvaniser les troupes ». C'est finalement la priorité pour ses dirigeants.
1. Alors que le changement peut être facteur d'avancées, l'UNEF s'y oppose systématiquement.
Les périodes « de changement » sont des moments de débats sur les grandes orientations des politiques éducatives. Elles sont autant d'opportunités pour mettre en place des projets élaborés et portés par les acteurs de la communauté universitaire en général, et a fortiori par les organisations étudiantes. Dans les faits, l'UNEF refuse d'influer sur le contenu des réformes. Ici comme ailleurs, son radicalisme a pour corollaire un conservatisme à tout crin.
A ce titre la construction européenne de l'enseignement supérieur, chantier majeur qui s'est ouvert il y a maintenant 4 ans, s'est lancée devant une UNEF qui a fait le choix de ne pas se sentir concernée. Absente des concertations, elle n'a pas influé sur les grands axes mis en avant dans cette réforme : la nouvelle pluridisciplinarité, la formation tout au long de la vie, l'individualisation des parcours de formation…
Si elle avait des revendications propres sur l'évolution du système éducatif, l'UNEF aurait pu les faire valoir, exiger leur introduction dans le contenu de la réforme. Même s'il ne suffit pas, bien sûr de dire les choses pour les obtenir, l'UNEF aurait pu mener des campagnes dans les universités pour populariser sa vision des choses, ses revendications, mettre en place un rapport de forces puis négocier avec l'ensemble des acteurs concernés.
Mais elle a choisi la politique du pire, jusque dans son rôle de représentant des étudiants au niveau national : lors du CNESER sur l'habilitation des diplômes en juin 2002, l'UNEF était absente. Cette fameuse habilitation qui justifiait pour elle un vote contre les décrets n'aura même pas mérité un déplacement de ses élus nationaux.
2. L'UNEF est incapable de gagner sur ses revendications.
L'UNEF n'est pas plus capable de gagner sur des projets lorsqu'elle est à l'initiative de la campagne.
L'annonce par le ministère du Plan Social Etudiant au mois de juin 98 avait été présentée par l'UNEF comme « une brèche historique sur la question de l'autonomie des étudiants » en raison de la présence du mot « autonomie constatée » dans les critères d'attribution d'une nouvelle aide : l'allocation d'étude. Avant le moindre début de concrétisation, l'UNEF criait sa victoire syndicale, sur une revendication datant de l'après seconde guerre mondiale.
Rentrée 99, le contingent d'allocations d'études était finalement limité à 7000 allocations. Rien à voir donc avec l'aide universelle revendiquée par l'UNEF. Des commissions d'attribution ont été mises en place par l'administration. L'UNEF voulait les déborder de dossiers de demandes, c'était une démarche pertinente. Pourtant, au bout d'un mois, lassée du lien avec la réalité qu'impliquait cette campagne et des difficultés qui y sont liées, elle décida d'y substituer une campagne de signatures de pétitions sur le principe de l'allocation d'étude.
C'était tout à fait inutile dans le contexte, mais l'UNEF avait d'autres préoccupations en tête que de relever ce défi pour les étudiants : les élections aux CROUS début 2000. Guidée par une vision électoraliste de court terme, l'UNEF a fait le choix d'hypothéquer ses possibilités d'obtenir une augmentation du contingent d'allocations d'études. Après avoir crié victoire trop vite, après avoir renoncé à déborder les commissions, elle n'hésita pas à ajouter à ses pétitions, comme deux ans plus tôt pour la même préparation des élections au CROUS, des lettres ouvertes sur les trois thèmes déjà utilisés en 98 : le transport, le logement et l'allocation d'étude.
Par la suite, l'année 2000-2001 a été marquée par une absence de l'UNEF sur cette question (cf. supra campagne 2001 « l'éducation n'est pas une marchandise »). Dans le même temps le contingent d'allocations d'études était finalement atteint.
Quelle image en garderont ceux qui, en 99, ont rempli des dossiers pour déborder les commissions, signé les pétitions, rempli les mêmes lettres ouvertes, voté pour l'UNEF et qui se voient refuser une allocation d'études « victoire de l'UNEF » sans qu'elle ne soit présente ? Que peuvent penser les étudiants d'une organisation étudiante qui n'obtient rien de concret pour eux, sinon qu'elle ne présente pas d'intérêt, qu'elle est une bureaucratie dont le seul souci est de se perpétuer ? Comment empêcher les étudiants d'associer représentation et démagogie quand une organisation annonce un référendum, prétend l'avoir gagné et qu'aucun changement ne s'en suit ?
Il fallut attendre juillet 2001, les résultats d'un travail du seul ministère sur l'évolution des aides sociales pour que soit annoncée l'augmentation du contingent d'allocations d'études et l'ouverture des bourses aux troisièmes cycles. Fidèle à elle-même, c'est sans sourciller que l'UNEF s'est cette fois contentée de donner en réponse son traditionnel « Mr. le ministre, après des annonces nous voulons des actes !». Merci l'UNEF.
C'est également sans hésiter le moins du monde, qu'en 2002, l'UNEF est revenue sur les campus, équipée de lettres ouvertes sur l'autonomie des jeunes et sur le logement, pour appeler une fois de plus les étudiants à voter UNEF lors des élections au CROUS. N'ayant pas peur du ridicule, elle décrétait alors que cette élection avait de nouveau valeur de référendum. Les tracts nationaux de cette campagne allaient même jusqu'à présenter les annonces du ministre de juillet 2001 en guise de bilan de mandat…
Mais cette fois la sanction a été sévère : la participation déjà ridicule a baissé sous les 6%, l'UNEF réunifiée chute en nombre de votants, en pourcentage, en nombre d'élus, pour finir comme nous l'avons dit précédemment par perdre en décembre 2002 un élu au CNOUS.
3. Tout est bon pour justifier un bilan vide.
3.1. L'UNEF récupère des victoires qui ne sont pas les siennes.
C'est une pratique assez systématique. Parce qu'elle permet de donner le change en interne face à son incapacité à faire changer l'environnement des étudiants, l'UNEF a pris pour habitude de reprendre à son compte la mise en place de projets dont elle n'est pas l'origine.
L'UNEF a toujours présenté comme une conquête « historique » les arrêtés Bayrou de 1997. Présentés en interne et aussi aux étudiants comme une victoire sans précédent du mouvement étudiant, leurs seuls acquis sérieux aujourd'hui restent l'anonymat des copies, la compensation et la capitalisation, et l'évaluation des enseignements. Des choses fort importantes… mais l'ensemble de ces principes étaient déjà présents dans le projet Jospin de 1992.
Plutôt que de s'offrir cette « victoire historique » à peu de frais, l'UNEF aurait été mieux avisée d'organiser un travail de suivi national des applications locales pour que ces droits formels deviennent réels. Aujourd'hui encore, des mesures de cette « grande victoire » ne sont pas appliquées dans des universités.
Citons également l'exemple de la mise en place du LOCAPASS (1% logement) pour les étudiants salariés et boursiers que l'UNEF prétend avoir gagné par son action opiniâtre... L'extension du locapass aux étudiants salariés est issu de la rénovation d'une convention de 1997, tandis que l'ouverture aux étudiants boursiers date de la convention entre l'état et l'UESL (Union d'Economie Sociale du Logement) de 2001. Inutile de préciser que ses véritables négociateurs ont si peu eu à faire à l'UNEF qu'ils n'ont probablement qu'une vague idée des activités qu'elle peut mener.
3.2. l'UNEF revendique également ce qui est déjà en train de changer sans elle.
Citons pour exemple les efforts désespérés que fait récemment l'UNEF pour sortir de sa position minoritaire et conservatrice sur la réforme LMD. Elle prétend pour cela avoir convaincu la Conférence des Présidents d'Universités (CPU) de demander la mise en place d'une nomenclature nationale. Alors que cela n'a jamais été une revendication de l'UNEF et que la CPU participe à ces négociations avce le ministère depuis le début de la réforme.
Nous avons largement montré en quoi depuis le début l'UNEF se contente de la politique de la chaise vide sur ce dossier. Après s'être opposée, avoir dénoncé, et brandi des slogans sans proposition précise ni campagne, elle revendique maintenant ce qui est déjà en train d'évoluer par l'intervention de la CPU. On peut imaginer sans difficulté qu'elle se prépare déjà à revendiquer cette victoire dans le cadre de son congrès prochain.