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Entretien avec Dominique Reynié auteur du "Vertige social nationaliste - la gauche du non"

2 Janvier 2006
Interview de Dominique Reynié, Professeur à l'IEP de Paris et auteur du "Vertige social nationaliste - la gauche du non" aux éditions de la table ronde

Dominique Reynié, vous êtes l'auteur d'un ouvrage qui revient sur les débats du référendum de mai 2005 : "le vertige social nationaliste, la gauche du non". Qu'entendez-vous par social nationalisme ?

En 2005, le projet de rupture avec le capitalisme se heurte à la nature libérale de l’économie européenne – en réalité de l’économie planétaire. Depuis l’effondrement du communisme, l’économie de marché triomphe partout, pour le meilleur et pour le pire. Une partie de la gauche, considérant l’universalisation du marché, loin d’imaginer la création d’un progressisme transnational ou, pour le moins, européen, estime possible de préserver le projet socialiste de rupture en mettant la France à l’abri des défis du monde. Pour maintenir la référence sociale intacte, on répond par la nation, comme idéologie et par l’Etat comme opérateur principal. Cette idéologie peut-être qualifiée de « social-nationalisme ». La campagne référendaire de 2005 a mis en lumière sa ré-émergence. Le social-nationalisme a été porté par le Parti communiste, les altermondialistes et les dissidents du Parti socialiste, parmi lesquels Jean-Luc Mélenchon, Henri Emmanuelli et Laurent Fabius, ce dernier agissant moins par conviction que par tactique. En revanche, dans la gauche du Non, les trotskistes de Lutte ouvrière ou de la Ligue sont restés plus fidèles à leur tradition internationaliste.

Dans la représentation collective cette caractérisation renvoi plutôt à l'extrême droite qu'à la gauche. Est-ce un phénomène nouveau où y a t il dans l'histoire récente des exemples similaires ?


Oui. Le « social-nationalisme » est d’ailleurs une formule imaginée par Léon Blum, en juillet 1933, pour condamner moralement un groupe interne à la SFIO – les néo-socialistes – qui, face à la crise économique et sociale de l’entre-deux-guerres, militait pour une révision de la doctrine socialiste, en mettant l’accent sur le rôle de l’Etat, l’affirmation de disciplines collectives draconiennes et la mobilisation du sentiment nationaliste. La devise des « néo-socialistes » était « ordre, autorité, nation ». Ils seront exclus de la SFIO en novembre 1933. Léon Blum avait alors incarné la fidélité à la tradition progressiste et internationaliste du socialisme. Même s’il faut se garder de tout amalgame – les « néos » finiront tous dans la collaboration -, une fraction du Parti socialiste a régulièrement été tentée par la rupture avec la tradition internationaliste. En 1983, après l’échec de la politique de relance mise en place par le nouveau pouvoir socialiste, François Mitterrand – à l’image de Léon Blum un demi siècle plus tôt -, avait tenu à maintenir la France dans l’Union européenne, plus précisément à ne pas sortir le franc du système monétaire européen. Il avait pour cela accepté d’opérer un virage économique réaliste, que ses adversaires de gauche assimileront à un virage à droite.

Quelles sont pour vous les conséquences de ce phénomène en terme de repères politiques pour notre société notamment au regard des échéances démocratiques à venir ?


Depuis une dizaine d’années, les Français comprennent chaque jour davantage ce que signifie la globalisation. Ils s’inquiètent, voire prennent peur. Quelques hommes politiques sans scrupules et irresponsables n’hésitent pas à jouer de ses préoccupations pour faire avancer leur carrière électorale. Dans de telles circonstances, un pays a besoin de représentants raisonnables, offrant des perspectives réalistes et rassurantes. En l’absence, on peut craindre un nouveau repli nationaliste, ce qui serait à la fois suicidaire, compte-tenu de ce qu’est le monde, et moralement inadmissible, compte tenu de nos valeurs. Les nouvelles générations doivent se mobiliser pour conjurer cette menace.

Retrouvez l’analyse de dominique reynié sur la gauche du non dans son nouvel ouvrage « Le vertige social-nationaliste « aux éditions la table ronde.