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La Cé auditionnée par le Sénat :

désaccord sur la conception de l’égalité des chances.

16 février 2006

Si l’on veut que « l’égalité des chances » soit susceptible de renforcer la cohésion sociale, il doit s’agir de permettre à chaque jeune de réussir dans sa propre voie et non de s’assurer du caractère équitable de l’échec de certains. Le désaccord sur le projet de loi « égalité des chances » ne se limite pas au CPE.

L’égalité des chances doit s’appuyer sur la construction et la réussite d’un parcours individuel de formation et professionnel qui nécessite une orientation choisie et une professionnalisation durable. Il s’agit donc de mettre en place des dispositifs adaptés à la diversité des situations tout en évitant l’écueil de la stigmatisation. A plusieurs égards le projet de loi « égalité des chances » est en contradiction avec cette logique.


Apprentissage à 14 ans : la filière professionnelle n’est pas une solution aux dysfonctionnement du collège unique.

Mise en place suite à la crise des banlieues, cette mesure donne à penser que l’apprentissage serait réservé à une catégorie en échec. Au contraire la Cé considère que ce sont des dispositifs d’orientation efficace qui doivent permettre à des jeunes de choisir cette voie parce que c’est celle qui correspond le mieux à leurs envies et à leurs aptitudes.

Notre société a besoin d’apprentis qui sauront s’adapter aux évolutions de leur parcours professionnel. L’entrée dès 14 ans en apprentissage compromet pour ces jeunes l’acquisition d’un socle commun solide, indispensable pour une formation tout au long de la vie afin permettre la mobilité professionnelle.


Elargissement des SEJE aux résidents des Zone Urbaine Sensible : la reconnaissance des qualifications ne dépend pas du lieu de résidence !

Le dispositif SEJE consistait jusqu’à présent en une exonération de charges pour les entreprises embauchant des jeunes très peu qualifiés. En élargissant ces dispositifs aux jeunes résidants en zones urbaines sensibles, quelque soit leur niveau de diplôme, le projet de loi va à l’inverse de l’égalité de traitement. Pour la Cé il est hors de question que la reconnaissance des qualifications et des compétences des jeunes soit fonction de leur lieu de résidence.



Le « Contrat Première Embauche » généralise à tous les jeunes la précarité déjà subie par certains d’entre eux.

Ce projet de loi va institutionnaliser la précarité des jeunes face à l’emploi avec le Contrat Première Embauche. Plus question désormais de décrocher un CDI, un emploi stable, ce contrat précaire sera le passage obligé pour tous les jeunes ! Quel bailleur acceptera de louer un appartement avec ce type de contrat quand on connaît les difficultés qu’il y a déjà à se loger avec un emploi stable ? Comment faire des projets, comment regarder sereinement vers l’avenir quand on peut être licencié sans motif et à tout moment ? Avoir un parcours professionnel sécurisé est une condition majeure de l’épanouissement individuel.

De plus les parcours de formation des jeunes de moins de 26 ans connaissent une très grande diversité. C’est donc une aberration de prétendre régler avec un même contrat les difficultés d’accès à l’emploi d’un jeune diplômé bac +5 et d’un jeune sortie du système éducatif sans qualification. Les jeunes ont de réelles préoccupations quant à leur accès à l’emploi et ils attendent des mesures « personnalisées » qui s’adressent à eux en fonction de leur situation. Formation et emploi sont indissociable pour s’engager vers l’égalité des chances.

Parce que l’égalité des chances passe par une politique qui prend en compte la diversité des parcours individuels, les désaccords avec le projet de loi « égalité des chances » vont au-delà de la question du CPE.


La Cé a refusé de rencontrer ce jour le Ministre de l’Education.

Le 4 janvier la Cé avait rencontré le Ministre de l’Education pour aborder notamment la question de l’insertion professionnelle à travers le rapport de la Cé « une orientation choisie, une professionnalisation durable ». C’est à peine deux semaines plus tard que le Premier Ministre a annoncé son projet de CPE sans aucune concertation préalable. La Cé a refusé la proposition du Ministre de l’Education de se rencontrer aujourd’hui pour « discuter de l’insertion professionnelle des étudiants ». Pas question pour la Cé de « discuter pour discuter ».

Pour réduire le chômage des jeunes il faut mettre en place une politique qui lie l’emploi et la formation de façon cohérente. La concertation doit donc s’organiser avec les partenaires sociaux sur ces deux volets dans le même temps. La Cé n’accepte pas que la consultation se fasse uniquement sur certains sujets au bon vouloir du gouvernement qui décide de discuter sur l’insertion professionnelle des étudiants dans le même qu’il passe en force sur le CPE. L’ouverture de concertation doit donc se faire sur des bases claires (contenus des débats, objectifs de la concertation…) et cela demande, au préalable, que le gouvernement retire son « Contrat Première Embauche ».

La Cé poursuit dans les universités le débat et la mobilisation afin de mettre tout en œuvre pour réussir la manifestation nationale du 7 mars contre le « Contrat Première Embauche » !