III. Avec une démarche ancrée dans la radicalité, l'UNEF ne participe pas à la réforme du système éducatif
Chaque réforme, qu'elle soit l'œuvre d'un gouvernement de droite ou de gauche, fait l'objet d'une campagne de désinformation.
1.1. L'UNEF devrait permettre aux étudiants de comprendre leur environnement.
L'UNEF devrait, par son action, permettre aux étudiants de s'approprier leur environnement, de comprendre les enjeux politiques, les enjeux sociaux, et le contenu des réformes. Sa place « d'interlocuteur institutionnel privilégié » lui donne encore accès à de nombreuses informations pour cela. Au contraire, l'UNEF a choisi d'utiliser la place institutionnelle qui lui est encore accordée pour brouiller les cartes. La raison d'être que lui attribuent ceux qui la contrôlent vraiment est incompatible avec un travail et des actions s'appuyant sur la réalité. Elle implique au contraire de créer, des incompréhensions, voire des peurs, pour pouvoir surfer sur le malaise ainsi produit pour exister.
1.2. L'UNEF désinforme pour tenter de justifier son opposition.
La logique radicale dans laquelle elle a choisi de s'enfermer l'amène, pour tenter de justifier son opposition systématique, à faire avec l'ensemble des organisations d'extrême gauche (Sud - Etudiant, FSE, CNT, JCR,…) des campagnes de désinformation sur les réformes et les rapports sur l'enseignement supérieur.
1.3. Chaque réforme fait l'objet d'une campagne de désinformation.
On peut aisément le constater pour chaque projet ou réflexion sur la réforme de l'enseignement supérieur.
Prenons pour exemple le moment de la sortie du rapport Attali en 1998. Une campagne de désinformation a été lancée dans les facs annonçant « la privatisation imminente des universités ». Et ça marche… Pour un temps du moins, le temps pour d'autres acteurs universitaires de faire le travail d'information que l'UNEF devrait réaliser. Citons seulement ici l'exemple de l'université Paris 1 qui décida de remplir elle-même le rôle d'information des étudiants en affichant dans toute la fac le rapport, ce qui mit fin immédiatement à la mobilisation.
Autres exemples. Lors de la mise en place du plan « Université du 3ème millénaire » en 1999 une campagne nationale de l'UNEF intitulée « mais que cherche Claude Allègre ?» dénonçait un projet de régionalisation de l'enseignement supérieur du gouvernement. Lors de la sortie du rapport du Commissariat Général du Plan fin 2000 « jeunes et politiques publiques », l'UNEF lançait une campagne nationale « Sale plan pour l'éducation » dénonçant « une entreprise de démolition du service public ». Depuis le lancement de la réforme LMD en 2001, les campagnes de l'UNEF ont dénoncé tour à tour « la mise en place d'un super-marché du savoir », « la démolition des diplômes nationaux » ou encore « la suppression de la compensation et de la session de rattrapage ».
A chaque fois, aucune de ces prophéties catastrophistes ne s'est réalisée. Non parce que l'UNEF avait fait barrage ou qu'elle les avait empêchées - ce qu'elle n'hésite pas à dire aux étudiants - mais parce qu'il n'en avait pas été question.
La seule vraie victoire qu'elle obtient à ces occasions, c'est que cela lui permet de confirmer son identité radicale et de recruter quelques militants à cette image.
2. L'UNEF renvoie l'origine des problèmes universitaires à des enjeux qui la dépassent complètement et sur lesquels elle n'a pas de prise.
2.1. L'UNEF nourrit les impuissances qu'elle prétend combattre.
Il est aisé de constater que la grande majorité des analyses de l'UNEF trouvent leurs sources principales dans des objets sur lesquels elle n'a aucun poids. Si la mondialisation, les questions internationales, la sécurité nationale…sont évidemment des domaines sur lesquels une organisations étudiante a vocation à réfléchir et intervenir, cela devrait être dans le cadre de l'élargissement d'une activité centrée sur des questions étudiantes et non comme l'explication et la raison d'être de son activité quotidienne.
L'UNEF agit comme un groupe politique et non comme une organisation syndicale.
C'est ainsi par exemple, que lors de la rentrée 2001, faute de pouvoir ou de vouloir intervenir réellement sur la réforme LMD qu'elle critiquait pourtant vertement, l'UNEF a lancé à la place une campagne intitulée « l'éducation n'est pas une marchandise ». Son fil rouge : la lutte contre la mondialisation libérale. L'UNEF a ainsi tenté de mobiliser pour l'euro-manif de Bruxelles, sans succès là encore…
Si une telle manif constitue bien entendu un élément complémentaire du rapport de forces sur les questions éducatives, il ne peut en être l'élément principal et moteur. Dans ce cas, la dimension internationale et globale du dossier est venue se substituer à sa dimension locale et concrète. Pendant ce temps se préparait le premier décret cadre sur la réforme européenne LMD qui va matricer l'architecture de l'enseignement supérieur de demain. Dans le même temps le ministère préparait une réforme de l'aide sociale qui a abouti à l'augmentation du contingent d'allocations d'études, à l'augmentation des bourses et à leur élargissement aux 3ème cycles universitaires.
Occupée à combattre « le-capitalisme-financier-et-sauvage » au niveau mondial, l'UNEF n'a su à aucun moment intervenir de façon déterminante sur ces questions cruciales pour l'avenir des étudiants.
2.2. Les ministres se leurrent en se pensant ainsi tranquilles.
Personne n'a intérêt à ce que ces décalages persistent, pas même les ministres de l'éducation nationale, ou plus généralement ceux qui nous gouvernent. La paix relative que les ministres peuvent retirer de cette propension de l'UNEF à parfois ne pas s'occuper réellement de ce qu'ils font a un prix élevé. Elle se paye tôt ou tard d'une absence d'interlocuteur étudiant représentatif et suffisamment fort pour contribuer efficacement à la définition du projet éducatif. Par ailleurs, cette démarche nourrit une incapacité à négocier pour des réformes qui pourraient se mettre réellement en place.