Les élections de cette année vont être l’occasion pour la Confédération étudiante d’emporter l’adhésion des doctorants sur son analyse face au vide des autres organisations en la matière. La nouvelle mandature de nos élus étudiants sera celle de la mise en œuvre des propositions du rapport Le renouveau des études doctorales – Contribution de la Confédération étudiante.
Le renouveau des études doctorales – contribution de La Confédération étudiante
Sommaire
I. – Etat des lieux
I.1 – Le contexte global
I.1.a. – Raisons d’être et attentes des étudiants dans les études supérieures et le doctorat – considérations idéales
I.1.b. – La réalité de l’insertion professionnelle des jeunes docteurs
I.1.c. – Une responsabilité collective et à dépasser
I.2. – Les trois principaux axes du problème
I.2.a. – Réaffirmer les fondamentaux : le doctorant est un étudiant, le doctorat nécessite une formation
I.2.b. – Une politique de financement des thèses encore insuffisante
I.2.c. – L’insertion professionnelle : un nouveau regard sur le doctorat
I.3. – Conclusion
II. – Propositions
II.1. – La formation (l’intégration, les conditions…)
II.1.a. – Une information dès la fin de la Licence
II.1.b. – Une grande enquête sur le ressenti et les aspirations des doctorants
II.1.c. – L’amélioration de la qualité des écoles doctorales (ED)
II.1.d. – Les doctorants étrangers : une population cible de l’Université
II.2. – Le financement : Utiliser le grand emprunt en faveur des études doctorales
II.3. – L’insertion professionnelle
II.3.a. – Communiquer sur les capacités des docteurs en direction du monde socioprofessionnel.
II.3.b. – Pour un doctorat-conseil pour tous
II.3.c. – La réalisation d’un master (ou MBA) pendant le doctorat.
II.3.d. – L’accession à la haute fonction publique
I. –Etat des lieux
I.1. – Le contexte global
I.1.a. – Raisons d’être et attentes des étudiants dans les études supérieurs et le doctorat – considérations idéales
Tout individu vit d’abord pour lui-même et cherche à satisfaire ses besoins, ses envies, son intérêt et ses inclinations. Mais tout individu est également un être social évoluant au sein d’une communauté d’hommes. Il existe alors un lien d’interdépendance d’une part entre les individus et d’autre part entre l’individu et la société. C’est en raison de ce lien de nécessité qu’il y a entre l’individu et la société que chaque individu est investit de devoirs sociaux dont celui de participer au développement de la communauté au risque d’être mis à l’écart de celle-ci. L’élaboration du parcours individuel sera donc le résultat d’une équation ou d’une dialectique entre l’intérêt personnel et les devoirs sociaux auxquels s’ajoute l’intégration sociale. Différents facteurs entrent évidement en lignes de compte comme le souci ou non de remplir ces devoirs sociaux, la possibilité d’y échapper au maximum ou inversement une véritable envie personnelle à se préoccuper des questions sociales et de la chose publique, etc… Si maximisation il peut y avoir dans la recherche de son intérêt personnel, elle n’est pas forcement d’ordre économique. La maximisation peut être en effet le développement d’une inclinaison personnelle qui apporte des satisfactions non quantifiables économiquement.
A partir de cet objectif de conciliation, l’individu va réunir les moyens disponibles pour que cette conciliation soit au mieux à son avantage, lui assure le degré d’intégration social qu’il souhaite et répondent dans le même temps aux exigences sociales. L’un des moyens disponible est la possibilité de procéder à des études et notamment des études dites supérieures. En effet les études supérieures peuvent être un moyen d’une part de satisfaire une inclinaison personnelle – le goût pour la connaissance – et d’autre part de répondre aux impératifs sociaux (devoirs et intégration) en ce que les études pourront déboucher sur une profession (répondre à une demande sociale) elle-même source de satisfaction personnelle. Il faut, par ailleurs, tout de suite noter que les études supérieures sont en rien la voix unique pour parvenir à de tels objectifs : s’il est bien une difficulté propre à la France actuellement c’est la trop grande hiérarchisation des filières qui conduit à en dévaloriser injustement certaines considérées comme moins noble ou moins intellectuelles alors que celles-ci seraient totalement adéquates à la réussites aussi bien individuelle que sociale de certains individus. Cela est d’autan plus vrai que le résultat de l’équation entre intérêt personnel, devoirs sociaux et intégration sociale est différente pour tous. Néanmoins, il est globalement considéré que faire des études supérieures accroit la possibilité de choisir entre différentes conciliations possibles. Ainsi donc, tout au long du cursus universitaire, est attendue une augmentation des chances de réussites, d’intégration sociale et professionnelle, de satisfaction intellectuelle (plus on avance, plus on apprend) etc… Les chiffres du projet annuel de performance de la mission « recherche et enseignement supérieur » pour la loi de finance initiale 2010 confirme cette tendance au niveau de l’insertion professionnelle : le taux d’insertion professionnelle (dans la catégorie cadres et professions intermédiaires) des jeunes diplômés trois ans après leur sortie de formation initiale augmente avec le niveau d’étude (67% en licence, 86% en master et 90% en doctorat) . Néanmoins, il faut de suite préciser pour que de tels chiffres aient une véritable signification, il faudrait distinguer la catégorie cadres et professions intellectuels d’une part et la catégorie professions intermédiaires d’autre part. Ainsi serait-il possible d’avoir une véritable idée des destinations professionnelles de chaque niveau de diplôme et aussi faire des comparaisons entre eux. Quoiqu’il en soit, il est attendu une sorte de progression, tout au long du cursus universitaire, dans le rapport nombres d’études et résultat de conciliation qu’elle soit proportionnelle, exponentielle ou logarithmique. Ainsi la logique voudrait-elle que l’acmé de ce rapport soit atteinte au niveau du doctorat.
I.1.b. – La réalité de l’insertion professionnelle des jeunes docteurs
Le schéma linéaire précédemment posé n’est pas une réalité. En effet, il semblerait se dessiner une sorte de rupture au niveau du diplôme du master.
Jusqu’au niveau master il est assez vérifié que la progression dans un cursus d’enseignement supérieur accroit les chances d’insertion professionnelle et d’accession à des emplois d’encadrement et mieux rémunérés.
Au-delà du master, c’est-à-dire au niveau du doctorat, les données ne semblent plus être les mêmes. Là encore les chiffres de l’insertion professionnelle sont éloquents : Le taux de chômage des jeunes docteurs (3 ans après l’obtention du doctorat) en pourcentage des actifs est plus important que pour les titulaires d’un master (8% contre 6%). Les docteurs sont certes mieux rémunérés que les titulaires d’un master (revenu médian de 2100 euros contre 1800 euros) mais la part de contrat à temps partiel et a durée déterminée est plus importante chez les jeunes docteurs (temps partiels : 6% pour les doctorants contre 4% pour les master – contrats à durée indéterminée : 55% pour les doctorants contre 74% pour les masters).
Il convient aussi de souligner qu’il existe des différences substantielles entre filières . En effet, les taux de chômage et d’emplois à durée déterminée sont sensiblement plus importants en chimie, SVT, lettres et sciences humaines (taux de chômage supérieur à 10%) comparé aux mathématiques, physiques, sciences de l’ingénieur, droit et gestion. Il faut par ailleurs préciser que le taux de chômage des jeunes docteurs ayant obtenus une allocation de thèse ou un Cifre n’est que de 6%. Ce constat rend déterminant la question de l’obtention d’un financement de thèse sécurisé.
La rupture existe donc au niveau du master et celle-ci n’est pas en mesure de contribuer à la valorisation du doctorat et de la recherche française. Il faut bien rappeler que l’insertion professionnelle n’est pas le seul enjeu du doctorat. En effet, ignorer le goût de la connaissance de ceux qui s’engagent dans un tel cursus est une erreur fondamentale car il s’agit bien souvent de la raison n°1 pour laquelle des étudiants décident de prétendre au doctorat. Mais on ne peut pas attendre des doctorants qu’ils soient des altruistes de la connaissance. Le doctorat doit pouvoir offrir une insertion professionnelle plus riche et diverses que le master. C’est dans ces conditions que le doctorat sera en mesure d’attirer les meilleurs cerveaux qui pour des raisons économiques légitimes auraient pu s’en détourner. Et ceci est d’autant plus une nécessité que près de 40% des jeunes docteurs n’intègrent pas le monde de la recherche à l’issue de leur doctorat (près de 30% en mathématique physique et plus de 50% en droit, économie et management).
I.1.c. – Une responsabilité collective et à dépasser
Qui est donc responsable ?
Pour l’Etat, il est coutume de dire que désormais les universités sont autonomes et en conséquence ils leurs revient de mettre en œuvre les politiques d’établissement nécessaires pour la valorisation de leur doctorants. Nous savons tous que l’autonomie des universités est largement temporisé par le contrat quadriennal qu’est signé entre l’Etat et chacun des établissements.
Pour certaines organisation étudiantes, seul le modèle centralisé est valable et l’Etat n’a qu’une seule mission : mettre plus d’argent sur la table. Elles rejettent par exemple le financement par libéralité et qu’en conséquence l’Etat doit financer davantage d’allocations de thèse. En matière de recherche, en effet, il n’y aura jamais trop de financement et l’engagement de l’Etat est toujours une nécessité. Mais la recherche est aussi une activité sans fin et en conséquent elle ne peut pas tout attendre de l’Etat. D’autres organisations, de jeunes chercheurs notamment, estiment qu’il faut améliorer l’encadrement des doctorants et inventent ainsi des dispositifs nouveaux, qui s’ajoutent à ceux plus anciens. Ces propositions ont leur pertinence. Cependant, l’accumulation d’obligations et l’excès de formalisme ne sont en rien une solution. Il convient en effet davantage d’insuffler une dynamique nouvelle.
Ainsi, donc, nous le voyons, dans le maelström institutionnel qu’est l’enseignement supérieur, chaque structure sera-t-elle en mesure de dire que la responsabilité incombe à un autre échelon que le sien.
Il est bien possible de continuer la liste de reproches souvent entendus mais ceci n’amène pas très loin. Ainsi à la question « qui est donc responsable ? » la réponse est simple : tout le monde et en cela il est bien inutile d’accabler quelqu’un en particulier et notamment l’Université. Les difficultés qu’éprouvent les études doctorales, sans être misérabiliste, est une réalité. Cependant, le plus haut diplôme de l’enseignement supérieur mérite mieux que de contourner ses problèmes en cherchant une quelconque responsabilité. La responsabilité est collective, voilà qui est dit, désormais il faut réfléchir aux moyens pour rendre au doctorat la place qui doit être la sienne.
Pour cela il est nécessaire de réunir les différents acteurs :
- Les pouvoirs publics car ce sont eux qui ont la maîtrise des politiques publiques ;
- Les enseignants car, si en effet leurs fonctions premières est de chercher et d’enseigner, si ce n’est pas à eux d’assurer la mise en œuvre des missions de soutient d’un établissement (comme l’insertion professionnel), ils sont indispensables à la mise en mouvement du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche ;
- Les doctorants eux même car ils sont les premiers concernés par les études doctorales et le sens qu’il s’agit de leur donner.
I.2. – Les trois principaux axes du problème
Les trois principaux axes de la problématique globale des doctorants reposent sur la formation, le financement et l’insertion professionnelle.
Avant tout nouveau développement, il est fondamental de remarquer que ses trois points sont les mêmes que ceux concernant les enjeux des étudiants de licence et master : les méthodes et le contenu des enseignements, financer sa vie d’étudiant (bourses, emplois à temps partiels…) et l’insertion professionnelle. Ceci est encore une preuve qu’il n’y a pas de coupure entre la licence et le master d’une part et le doctorat d’autre part. La différence n’est donc pas de nature mais uniquement dans les modalités
I.2.a. – Réaffirmer les fondamentaux : le doctorant est un étudiant, le doctorat nécessite une formati on
L’objet du doctorat est d’être une formation par la recherche. Tel est le l’expression consacrée par le arrêté portant organisation des études doctorales .
Il faut donc bien souligner l’essentiel : le doctorat est une formation, à l’instar de la licence et du master. Là encore est affirmée l’identité de nature entre les trois diplômes du cursus L.M.D. Le doctorat est une formation tout simplement parce que l’on ne nait pas chercheur, on le devient. Le doctorat n’est qu’une autre façon d’apprendre. Certains docteurs, peuvent avoir le sentiment d’être désormais des professionnels : c’est souvent le cas des doctorants qui sont embauchés par une entreprise ou encore ceux bénéficiant d’un contrat doctoral. D’ailleurs les premiers comme les seconds ont le statut de salarié. Mais le point commun à tous les doctorants, et qui montre bien la nature profonde du doctorat, est la délivrance d’un diplôme universitaire sanctionnant une formation reçue.
Le doctorat est une formation et plus précisément une formation à la recherche par la recherche. L’essence du doctorat est de produire une thèse et détourner les études doctorales de cet objet premier reviendrait à modifier la nature du diplôme. Cependant le doctorant n’est pas encore un chercheur totalement autonome, c’est en cela qu’il est encore étudiant. Ainsi faut-il pouvoir donner les clefs aux doctorants de produire leur thèse. Aussi le doctorat doit-il donc répondre à la même logique qui traverse l’ensemble d’un cursus universitaire depuis la licence à savoir apporter des formations adéquates pour que l’étudiant parvienne à l’autonomie dans la recherche. Il s’agit là d’enseignements transversaux et méthodologiques. Certaines de ces formations sont déjà obligatoires. Cependant, trop d’écoles doctorales encore ne les organisent pas. Cet état de fait ne peut pas être toléré. Le ministère accepterait-il qu’ici ou là ne soit pas assuré un enseignement fondamental de licence tel qu’il est imposé par la réglementation ? Evidement que non. Son exigence doit alors être la même en matière de formation doctorale obligatoire.
Par ailleurs, le doctorat permet de prétendre à certains types d’emplois qui pour l’essentiels demandent un savoir faire en terme d’encadrement des structures et des hommes (du chef de laboratoire au doyen d’une faculté en passant par le cadre d’une collectivité ou d’entreprise). Le doctorat, tout en gardant son essence de formation à la recherche doit permettre à chaque doctorant, dans le cadre de modules, d’être préparés à ces fonctions là. Savoir encadrer ne s’improvise pas et les jeunes docteurs seront mieux armés à réussir leur insertion professionnelle si les écoles doctorales les préparent à cela. Aussi ces mêmes emplois nécessitent bien souvent des compétences linguistiques. Or, en France le niveau de maîtrise des langues est bien connu. On peut le déplorer mais les faits sont là, il faut y répondre et ne permettre l’accès au doctorat aux seuls étudiants maitrisant une langue étrangère ne résoudra pas la question. Il est important alors, et cela est d’ailleurs vrai pour l’ensemble du cursus universitaire, que l’Université puisse offrir des cours de langues de tout niveau y compris débutant. Ceci est d’autant plus important que dans certaines filières, un doctorat qui ne se poursuit pas par une expérience post doctorale à l’étranger sera mal considéré.
I.2.b. – Une politique de financement des thèses encore insuffisante
Etre doctorant, c’est pouvoir financièrement l’assumer. Là est le nerf de la guerre. Les doctorants sont des étudiants, certes. Cependant, leurs camarades commencent à avoir un emploi. Les parents les ont souvent aidés très longtemps financièrement. Ils s’engagent dans un cursus qui va durer au moins trois ans. En conséquence de quoi, ces doctorants qui ont tous plus de 20 ans aspirent à l’autonomie plus encore que n’importe quel autre étudiant. Il existe déjà des modalités intéressantes. Tel le contrat doctoral ou les conventions Cifres, mais le premier n’est que la partie immergée de l’iceberg et le second connaît beaucoup plus de succès en sciences naturelles qu’en sciences humaines et sociales.
Le contrat doctoral
Le contrat doctoral est le nouveau dispositif qui remplace l’allocation de recherche. Il est un contrat de travail de 3 ans conclut entre le doctorant et l’Université. C’est un financement public qui lui permet de vivre de sa thèse le temps du contrat. Il peut être prolongé d’un an. Le revenu mensuel est fixé à 1676 euros brut. Ce contrat peut être complété par des charges d’enseignements, de fonctions administratives ou de conseils dans des structures extérieures à l’université (avec complément de rémunération). Enfin, ce contrat de droit public est en grande partie financé sur fonds publics mais il peut l’être aussi sur la base de libéralités.
Le Cifre
Le Cifre (Convention Industrielle de Formation par la Recherche) est un contrat de travail tripartite entre le doctorant, l’université et un employeur extérieur (entreprise, collectivité…). Ce contrat est bien souvent de 3 ans mais rien ne le contraint dans ce délai. Le doctorant est salarié de la structure. Il perçoit une rémunération de 1957 euros bruts par mois minimum. Ce type de contrat permet une autre adéquation entre le travail de thèse et l’application des recherches. Le doctorant peut être embauché dans la structure dans laquelle il a effectué son cifre.
L’avantage des contrats doctoraux et des Cifre est qu’ils sont des contrats de travail ce qui permet donc au doctorant de profiter des avantages salariaux tel qu’une rémunération fixe, mensuelle et certaines le temps du contrat. Par ailleurs les doctorants sous contrat bénéficient des droits à la retraite, enjeux fondamentale dès lors que le temps d’étude s’allonge. D’autres doctorants sont financés via des libéralités, mais dès lors que la libéralité ne s’intègre pas dans un contrat doctoral, le doctorant ne bénéficie d’aucun des droits précédemment énumérés.
En 2008 , La situation financière de 16685 nouveaux doctorants était connue, soit à peu près l’ensemble des nouveaux inscrits en doctorat. Parmi eux seul 67% bénéficiaient d’un financement de thèse parmi lesquels 58% étaient sous contrat (allocation ou cifre), 12% disposant d’un financement d’un E.P.S.T. (établissement à caractère scientifique et technologique), 17% d’un financement pour doctorant étrangers et 13% d’autres sources qui peuvent être des libéralités et dont le montant n’est pas connu. Ainsi moins de la moitié des doctorants disposent de la source de financement la plus sûre. Toujours parmi les quelques 17000 doctorants nouveaux de 2006, 3155 doctorants exerçaient une activité salariée sans que l’on sache quelle est la qualité de cet emploi : s’il est en rapport ou non avec la thèse, s’il s’agit d’un « job » alimentaire prenant du temps supplémentaire sur le temps de recherche, le montant de la rémunération… Enfin, selon les statistiques de 2008, sur les 16685 nouveaux doctorants, on sait que 11135 disposaient d’un financement de thèse, 3155 travaillaient, mais en revanche, on ignore totalement la situation financière 2395 doctorants.
Soyons honnête dans notre constat, les chiffres de la répartition des modalités de financements sont en amélioration par rapport à 2006 . Cependant, il faut toutefois souligner que le nombre de nouveaux doctorants dont la situation financière est connue à sensiblement diminuée par rapport à 2006, passant ainsi de 18070 à 16685 sans qu’une explication soit donnée. Ce chiffre est confirmé par la diminution du nombre de doctorants inscrits en France : de 70400 e 2006, il n’y en a plus que 64123 à la rentré 2008.
Cette situation n’est donc pas satisfaisante pour nombres de doctorants. Elle n’encourage pas à la réalisation d’études doctorales tant le besoin de pouvoir vivre en autonomie est pressant à cet âge de la vie. Elle donne aussi une image de précarité qui ne peut que conduire à la dévalorisation des études doctorales auprès de la société civile. Le doctorat ne transpire pas la réussite sociale. Par ailleurs, la diminution sensible du nombre de doctorants ne va pas dans le sens de la volonté politique affiché de valoriser la recherche en France.
On ne pourra pas faire l’économie de nouveaux engagements financiers. La recherche est d’utilité publique. Il revient alors à l’Etat de s’y investir encore et toujours davantage. Mais la recherche est par nature un domaine sans limite. En conséquence, l’Etat ne peut pas tout et il ne faut pas craindre le financement privé. C’est dans la complémentarité des financements que l’on pourra avancer aussi bien des thèses de recherche fondamentale et de recherche appliquée. Mais il ne faut pas se tromper pas sur un point. Il n’y aura pas d’investissement du secteur privé si on ne lui donne pas « l’envie du doctorant et du doctorat » qui est notamment le corollaire de l’insertion professionnelle de ces derniers en son sein.
I.2.c – L’insertion professionnelle : un nouveau regard sur le doctorat
L’insertion professionnelle des doctorants est le vecteur décisif de la réussite d’une nouvelle dynamique en faveur des études doctorales. En cela il faut poser un constat simple : tous les doctorants n’ont pas vocations à devenir enseignant-chercheur ou même uniquement chercheur car le nombre de places disponibles est inférieur au nombre de candidats potentiels. Par ailleurs, c’est l’enfermement, parfois, aussi bien endogène qu’exogène, du doctorat qui l’a conduit dans sa situation actuelle où pour profane comme aussi certains doctorants, l’objet du doctorat est de conduire inéluctablement aux professions de la recherche. Ce point de vue est numériquement intenable. Cela demande justement de mettre fin à une certaines schizophrénie de certaines universités qui ont bien compris l’importance de diversifier l’insertion professionnelle de leur doctorants. Cependant, certains universitaires n’admettent pas que les allocataires ou contractuels puissent préparer une thèse en vue d’une carrière autre qu’enseignant-chercheur. On peut évidement comprendre l’attachement des universitaires à ce que les doctorants contractuels et allocataires visent à intégrer l’enseignement supérieur. En effet, l’allocation de recherche et le contrat doctoral sont les modalités de financements privilégiées pour une telle carrière d’autant plus qu’ils font du doctorant un salarié de l’université. Cependant, il a été dit qu’il n’y a pas assez de poste d’enseignant-chercheur pour tous les jeunes docteurs, cela est encore vrai pour les doctorants contractuels et les allocataires y compris pour ceux exerçant déjà des activités d’enseignement.
Il est donc indispensable de réfléchir sur la diversification professionnelle à laquelle peut conduire le doctorat. Pour cela le plus dur est demandé : agir sur les esprits et sur différents aspect. Pour cela il faut bien poser l’objet du doctorat.
La valeur du doctorat porte sur deux éléments : un élément objectif et un élément subjectif :
- l’élément objectif : c’est la thèse. Le doctorat consiste en la réalisation d’un travaille de recherche qui se matérialise dans un document final et une soutenance. Le doctorat contribue ainsi par ce biais à l’enrichissement de la connaissance dans un domaine donné
- l’élément subjectif : c’est actuellement le plus ignoré des deux car certainement le moins visible. Le doctorat, au même titre que la licence et le master consiste en la formation en savoir et savoir-faire d’un individu. Ce savoir et savoir-faire sont censés s’ajouter à ceux déjà acquis en licence et en master. Le doctorat opère un acquis de compétences certaines
Etat des lieux des compétences des doctorants
Le doctorat, est le diplôme le plus élevé délivré par l’enseignement supérieur français. Il récompense un travail de trois ans au moins opéré sur un sujet donné. A l’issue de ce travail, le docteur est un éminent spécialiste du domaine qu’il a choisi d’aborder. Mais, il est important de replacer la spécialité et le docteur dans une discipline donnée (droit, histoire, physique, chimie…). En conséquence, le docteur est avant toute chose celui qui dispose de la plus solide formation reconnue dans sa discipline : il est un éminent généraliste. Le docteur n’est pas un laminoir intellectuel qui fait que une fois sa spécialité abordée il est enfermé dans celle-ci. D’une part le docteur est au moins aussi bien connaisseur de sa discipline qu’un étudiant en master et d’autre part il l’est encore davantage car dans le cadre des études doctorales, le doctorant ne se limite pas à l’étude de son sujet. En effet, on attend de lui d’être un généraliste dans sa discipline. Il doit faire preuve de curiosité et s’élargir de son sujet ne serai-ce parce que ces largesses d’esprits peuvent enrichir les recherches. Par ailleurs, en vue d’obtenir la qualification à la maîtrise de conférence, il sera bien souvent demandé au docteur de produire des travaux de recherche (articles, communication à des conférences…) qui relèvent de sujet différents de son propre sujet de thèse. En conséquence, en terme de connaissance, le doctorat conserve les acquis de licence et de master et apporte une plus value certaine.
Le doctorat apporte des compétences transversales. Ce sont celles propres au travail de recherche. Il s’agit en premier lieu de l’autonomie. Un docteur sait travailler seul, organiser son planning et poser ses propres objectifs. Un docteur a aussi la capacité de construire des projets. La thèse est en effet un projet qu’il a mené de bout en bout. Il est d’ailleurs à l’origine même de son projet. Parfois un sujet de thèse lui est proposé. Seulement le doctorant devra éclaircir son sujet et en déterminer les contours. Mais la thèse n’est qu’un des aspects de la conduite de projet. Là encore le doctorant aura participé à la réalisation de conférences, colloques et autres manifestations. Par ailleurs, le doctorant est souvent un enseignant (en tant que chargé de travaux dirigés et parfois chargé de cours) ce qui exige une certaine préparation qu’il fait bien souvent avec une large autonomie. D’ailleurs, participations à des conférences, responsabilité d’un cours… sont autant d’exercice dans lesquels le doctorant apprend aussi à partager sa compétence. C’est également lors de ces missions qu’il développe sa capacité à prendre la parole en publique. Le doctorat permet aussi de développer les capacités d’innovation intellectuelle (c’est l’objet même d’une thèse) et méthodologique notamment quand il faut bien réussir à travailler dans les conditions parfois kafkaïennes de l’université.
Le doctorant travaille dans une grande autonomie et souvent en solitaire mais cela ne veut pas dire qu’il est isolé. Il évolue dans une structure qui est son laboratoire. Un laboratoire, avant d’être un lieu de manipulation en sciences naturelles ou plus simplement une bibliothèque en sciences humaines, est surtout une équipe qui se réunit. Par ailleurs, en plus d’être membre d’un laboratoire, un bon nombre de doctorants sont soit sous contrat avec l’université (allocation de recherche ou contrat doctoral) soit sous convention « Cifre ». Ils sont donc dans les deux cas salariés d’une structure : dans la première hypothèse l’employeur est l’université et dans la seconde il s’agit d’une entreprise, d’une association, d’une collectivité… Enfin le doctorant est amené à travailler en équipe que ce soit dans le cadre de travaux collectifs ou dans l’organisation de conférences, la participation à des équipes pédagogiques…
Voici donc une énumération non exhaustive des compétences d’un docteur. Le but de ce rappel est de montrer les acquis supplémentaires qu’apporte le doctorat par rapport au master. Ses acquis sont évidement en termes de connaissance et ancrent le docteur dans la maîtrise de sa discipline dans son ensemble. Par ailleurs, comme nous venons de le montrer, les études doctorales sont aussi la formation dans laquelle, non seulement on forme un cerveau mais aussi un individu. Le doctorat forge sa personnalité, sa manière d’aborder les problèmes, une façon de travailler qui est loin d’être déconnectée de la réalité ne serai-ce parce que les questions matérielles et relationnelles que peut rencontrer un doctorant sont d’une nature telle qu’elles sont moins celles d’un étudiant que d’un salarié de n’importe quelle structure. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que l’un des premiers soucis d’un doctorant, tout comme d’un salarié, est de savoir comment il va assurer le financement de son quotidien.
En conséquence, en raison de toutes ses compétences acquises qui s’ajoutent à celles propres au master, le doctorat doit permettre d’accéder au moins aux mêmes professions que celles envisageable à partir d’un master. Mais la logique va plus loin car la prétention salariale d’un docteur devrait être de pouvoir accéder aux emplois supérieurs de toute structure. Le Projet annuel de Performance de la mission « recherche et enseignement supérieur » pour la Loi de finance initiale 2009 évalue le taux d’insertion des étudiants de licence, master et doctorat dans les catégories sociaux professionnelles « Cadres et professions intellectuelles supérieures » et « professions intermédiaires ». S’agissant du doctorat, s’il doit être un objectif à la fois ambitieux et juste, ce serait d’avoir tous les jeunes docteurs accédant à la seule catégorie « cadres et professions intellectuelles supérieures ».
Ces compétences viennent donc s’ajouter à celles acquises en master et doctorat. Or trop souvent il est estimé que le docteur n’est qu’une spécialiste – et non aussi un généraliste – et qu’en conséquence il n’est employable que dans cette spécialité. Le doctorat aurait alors opéré une sorte de laminoir intellectuel et de compétence le rendant moins employable qu’un ressortissant de master.
La critique doit toutefois être écoutée. En effet, si le doctorat n’est pas un laminoir, il faut tout de même souligner qu’il ne réactualise pas certaines compétences professionnelles acquises en master. En effet, le seul stage obligatoire qui existe dans le cursus universitaire est dans le cadre des masters professionnels. Ceci est aussi certainement significatif de la valeur professionnelle des diplômes : il existe un stage obligatoire en master et ce diplôme se trouve être actuellement le plus considéré avec les diplômes d’ingénieurs. En licence comme en doctorat il n’y en a pas. Les mêmes causes provoquent ici les mêmes effets à savoir une moindre valorisation professionnelle des diplômes. De plus, les doctorants sont des étudiants qui ont fait un master recherche dans lequel il n’y a pas de stage obligatoire. En conséquence, eu égard cet état de fait, il est possible dans une certaine mesure de comprendre la frilosité de certaines employeurs : ils peuvent estimer que le temps du doctorat, les acquis professionnels du master, s’ils n’ont pas été réactualisés, se sont probablement quelque peu essoufflés.
Incidence de l’insertion professionnelle dans le financement des études doctorales
La recherche est une activité sans limite. Il y aura toujours des recherches à mener. Mais qui dit recherche, dit également financement. L’Etat est en France est le financeur de premier plan de la recherche. Mais face à cet abysse qu’est la connaissance, l’Etat ne peut pas financer seul la recherche. Il est indispensable de faire appel à des financements privés qu’ils émanent de particuliers ou d’entreprises. Seulement, pour ces dernières, la philanthropie n’est pas leur qualité première. Si financement de leur par il doit y avoir, c’est un financement qui évidement les intéressera. En matière de recherche, le financement par les entreprises peut être intéressé à deux titres au moins (et d’autres que la casuistique affirmera d’elle-même) :
- en premier lieu il peut s’agir tout simplement du financement d’une recherche sur un domaine en particulier afin de lancer quelques innovations.
- En second lieu, la participation du secteur privé peut intervenir non pas dans l’optique d’approfondir un sujet donné, mais d’accompagner un ou plusieurs doctorants, totalement ou non, dans sa démarche doctorale pour ensuite profiter de sa compétence et l’employer.
Ces deux aspects ne sont évidement pas exclusifs l’un de l’autre. Mais, si le premier aspect est plus évidement, le deuxième l’est moins. En effet, le financement d’une recherche répond à l’élément objectif des études doctorales, élément qui est celui le plus largement admis et considéré. Financer un doctorant en tant que tel, pour ce qu’il est, à savoir son profil et son potentiel devenir répond à l’élément subjectif des études doctorales, éléments qui est encore à percevoir. Seulement, encore faut-il que le profil intéresse l’entreprise qui recherche avant tout l’employabilité. Si une nouvelle dynamique des études doctorales arrive à répondre à cet enjeu de l’insertion professionnel des docteurs alors, il est possible d’espérer, dans une mesure non déterminée, que le secteur privé sera plus enclin à participer au financement des études doctorales.
I.3. – Conclusion
Il ne faut pas se méprendre sur le sens qu’il faut attribuer à cet état des lieux. S’il a été souligné la progressivité qu’apporte le cursus universitaire dans les chances de concilier intérêt personnel, devoir sociaux et intégration sociale ce n’est en aucun cas pour affirmer que l’objectif final est de permettre à tout le monde d’accéder au doctorat. Il a déjà été souligné le problème que pose la hiérarchisation de fait qui existe entre les filières. Le doctorat, pas plus qu’un autre cursus est la voix unique de réussite.
De plus, le doctorat reste une expérience en soit qui peut suffire à elle-même. Certains doctorants le sont en tant que salarié d’une Université, d’une entreprise ou d’une collectivité. Le doctorant, en dehors de toute considération sur le mode de financement, bien qu’étudiant est dans une situation quasi-professionnelle : par son travail de recherche il contribue à la participation aux devoirs sociaux. En conséquence, il n’est pas du tout inenvisageable de considérer le doctorant comme un temps donné d’un parcours individuel qui par la suite fera l’objet d’une reconversion.
L’objet de cet état des lieux est avant toute chose d’alerter sur la rupture qui s’opère au moment du master et qui met en difficulté des études doctorales. Il s’agit alors de redonner un élan aux études doctorales dont la finalité doit dépasser le seul domaine de la recherche.
Il faut toutefois se garder d’un écueil. L’essence même du doctorat est et doit rester la recherche et la réalisation d’un projet académique. Si des propositions sont faites pour réformer les études doctorales, elles ne doivent en aucun cas toucher au noyau fondamental du diplôme. Elles n’existent que pour affirmer les dimensions encore trop peu exploitées du doctorat en matière notamment d’insertion professionnelle et être les moyens à un objectif déterminant : que tous les jeunes docteurs puissent accéder aux emplois de la catégorie socio professionnelle des cadres et professions intellectuelles supérieurs.
II. – Propositions
Les propositions de la Confédération étudiante sont présentées selon les trois axes identifiés précédemment. Elles n’ont pas vocation à être exhaustives. Elles n’ont pas vocation à transformer la nature du doctorat. Elles sont davantage des compléments optionnels au noyau central du diplôme : la recherche. Leur hétérogénéité répond à la grande diversité des situations nécessaire à la vitalité du diplôme.
II.1. – La formation (l’intégration, les conditions…)
II.1.a – Une information dès la fin de la Licence
A l’heure actuelle, les doctorants sont une population isolée des autres étudiants. Ils ne peuvent pas transmettre leur expériences aux autres étudiants, y compris à l’intérieur des promotions. Devenu des professeurs lors des TD, ils transmettent des connaissances, pas de l’expérience. De plus l’Université délivre une information minimale sur les doctorats. Les étudiants dépendent des professeurs pour avoir accès à l’information. Cette situation est dommageable, car ils ne sont pas éclairés sur les réalités du doctorat. L’Avanthèse est en cours d’expérimentation par l’ABG, pour préparer en amont les étudiants à une thèse. Un dispositif similaire doit être mis en place dans toutes les universités et doit toucher la masse des étudiants.
Nous proposons que tous les partenaires s’impliquent pour une meilleure information à destination des étudiants dès la Licence. La Cé, l’ABG, l’Université, les doctorants doivent communiquer auprès des doctorants de la réalité du doctorat, du meilleur parcours pour y accéder, ainsi que de l’après-thèse. La transparence doit se faire. Des visites de laboratoires doivent être organisées, voire des réunions d’informations avec des doctorants ou encore un tutorat des doctorants auprès des étudiants de master recherche. Ces rencontres doivent être transdisciplinaires.
Ex : Extrait de la présentation de l’Avanthèse de l’ABG
“Conçu conjointement par des représentants des mondes académique et socio-économique l’AvanThèse est un programme de formation visant à aider l’étudiant (à partir du niveau L3) à s’informer, à préciser ou à réajuster son projet de formation.
L’AvanThèse propose à l’étudiant d’explorer les différentes perspectives et de savoir si son parcours passe par une formation par la recherche et si oui, laquelle, et selon quels critères de choix. L’étudiant qui s’engage dans l’AvanThèse est accompagné par un formateur-conseil. Celui-ci le formera aux aspects méthodologiques et techniques et l’aidera dans son cheminement au travers de trois volets de formation :
1/ L’autobiographie raisonnée :
Cet exercice permet à l’étudiant, en relatant les faits de son expérience sociale, professionnelle et académique, d’expliciter ses aspirations et de tirer de toutes ses expériences antérieures des éléments susceptibles de guider ses choix professionnels et de formation.
2/ La recherche et la veille d’informations :
Il s’agit pour l’étudiant d’effectuer une recherche et veille, notamment sur Internet, pour regrouper des informations afin d’élaborer son projet professionnel. Pour ce faire, il se familiarise avec des méthodologies et techniques adéquates.
3/ Les interviews et la construction d’un réseau relationnel :
Le contact et la rencontre contribuent à construire et à entretenir un réseau relationnel. L’étudiant interviewe des professionnels en activité, dont des docteurs. Des conseils, méthodologie et techniques lui seront proposées pour préparer et mener efficacement les entretiens”.
II.1.b. – Une grande enquête sur le ressenti et les aspirations des doctorants
La Cé a mené une enquête portant sur les desiderata des étudiants qui a donné des résultats extrêmement intéressant. Il faut qu’une enquête de grande envergure soit consacrée aux doctorants et à leur ressenti de leur situation. Une enquête menée à l’Université de Bretagne Sud a ainsi prouvé que plus de 80 % des doctorants, y compris en sciences humaines, étaient favorables à des liens renforcés entre les entreprises et les doctorants. Les murs sont donc tombés depuis longtemps chez les doctorants, il faut en rendre compte. Cette enquête a aussi prouvé une souffrance psychique importante chez cette population. Le stress touche ainsi plus de 80 % des doctorants. L’angoisse vis à vis de l’après thèse plus de 70 %.
Nous proposons qu’une grande enquête soit diligentée par les pouvoirs publics sur la réalité des conditions de travail des doctorants. Il faut leur donner la parole et cesser de parler à leur place. Sont-ils satisfaits de leurs directeurs de thèse ? Sont-ils satisfaits de leur niveau de rémunération ? Connaissent-ils les réalités de l’après thèse ? Quelles sont les formations qu’ils souhaitent ?
Cette enquête, qui toucherait toutes les universités prendrait en compte toutes les filières, les origines des doctorants (écoles d’ingénieurs ou non, étrangers ou non, etc.) et se concentrait sur le doctorat en lui-même.
Ex : Extrait de l’enquête portant sur les doctorants de l’UBS :
Point n°10. Les doctorants se sentent mal préparés à l’après-thèse.
“Corrélativement à ce qu’ils estiment être une mauvaise information et des formations inadaptées, seulement 35 % des doctorants jugent efficace le soutien apporté pour l’après-thèse. Dans toutes les filières, la satisfaction à l’égard de l’aide de l’Université chute durant les trois années de la thèse. Il passe de 57 % en première année à 29 % en troisième année.
Seulement un doctorant de troisième année sur deux estime avoir les outils nécessaires (réseaux, connaissances, formations, etc.) pour réussir son après-thèse. 75 % des doctorants se déclarent inquiets des suites à donner à leur doctorat”.
II.1.c. – Une amélioration de la qualité des écoles doctorales (ED)
La mise en place des ED est un pas dans la bonne direction, celle de la reconnaissance des capacités des docteurs. Cependant, leur création créée de nouveaux problèmes et ne résout pas toujours les anciens. La qualité des formations et du travail des ED est très variables selon les Universités s’il faut en croire le classement de l’ANERES. Cela implique que selon l’université dans laquelle vous vous trouverez, vous aurez accès à une formation de qualité très variables. Cela remet en cause le principe d’égalité devant la formation qui est en cours à l’université, avec le risque d’une dévaluation de facto du diplôme du doctorat.
L’action des écoles doctorales n’est pas, de manière générale, satisfaisante. Ses formations ne sont pas toujours pensées en fonction des besoins des doctorants. L’information vis à vis des entrants dans le doctorat est bien souvent insuffisante. La réalité des débouchés professionnels est mal connue.
Nous souhaitons que les écoles doctorales les moins bien notées bénéficient d’un programme de remise à niveau pour atteindre un standard de formation dans toutes les universités. Nous souhaitons que l’information en direction des doctorants soit renforcée.
Ex : l’école doctorale de l’EHESS, pourtant une grande école des sciences humaines, ne dispose que d’un budget ridicule, ne propose aucune formation professionnalisante, en son sein, ne fait qu’une information minimale et très insuffisante.
Il a fallu l’implication de doctorants pour que démarre enfin un séminaire de formation des doctorants, pilotés par les doctorants eux-mêmes, avec l’appui fluctuant de l’administration.
II.1.d. – Les doctorants étrangers : une population cible de l’Université.
Les doctorants d’origine étrangère sont parfois plus nombreux que les chercheurs de nationalité française dans les laboratoires. Pour autant, leur situation est très peu prise en compte par les pouvoirs publics et par l’université elle-même. A l’heure actuelle, une nouvelle circulaire obligerait les établissements de recherche a verser 1.600 euros pour chaque doctorant étranger alors même que les budgets de recherche sont insuffisants or ceci ne contribue en rien à la valorisation de la recherche et de l’université française
Par ailleurs, peu de dispositifs d’accueil existent, des doctorants étrangers sont acceptés en doctorat malgré des financements très inférieurs au SMIC, les formations des écoles doctorales sont rarement pensées pour ce public et peu de choses sont faites pour garder en France ces individus très bien formés et très compétents. Alors que les entreprises de la Silicone Valley recrutent massivement parmi les meilleurs étudiants étrangers des grandes universités américaines, les doctorants étrangers font face à des difficultés d’intégration parfois insolubles.
Nous proposons que l’Université prenne à bras le corps le problème des doctorants étrangers et s’implique fortement afin d’augmenter l’attractivité de la recherche en France. Ce doit être un axe prioritaire des écoles doctorales. Une politique d’accueil, de suivi pendant le doctorat et d’incitation à rester en France doit être mise en place par les Universités. Si un doctorant étranger a été accepté dans un laboratoire en France, l’Université doit s’engager à lui verser un complément de salaires si les ressources du doctorant sont limitées. Il ne doit pas y avoir de doctorants étrangers sous-financés dans les laboratoires.
II.2. – Le financement : Utiliser le grand emprunt en faveur des études doctorales
Le grand emprunt n’a pas vocation à financer les dépenses de fonctionnement de l’Etat. Il doit financer uniquement les dépenses d’investissements. En la matière il existe un moyen simple de ne pas consommer à perte qui est la fondation. En effet, le capital de départ n’est pas consommé (dans le cadre d’une fondation reconnue d’utilité publique) et vit sur les revenus du capital et autres ressources.
La Cé appelle donc à la création d’une fondation nationale des études doctorales. Il doit d’agir d’une fondation débitrice de moyens. En effet le manque de moyen dans l’université est encore flagrant. L’Etat ne pouvant pas tout, il faut donc pouvoir diversifier les ressources disponibles en faveur de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Cette fondation doit être une fondation de moyen et uniquement de moyen. Deux raisons appellent à cela.
La première pour la légèreté de la structure. En effet, si cette fondation commençait à venir déterminer des orientations académiques, cela supposerait qu’existe au sein de cette fondation un comité scientifique pléthorique car devant représenter toutes les disciplines de façon collégiales. Les orientations académiques doivent rester entre les mains des universités (le conseil national des universités peut également être appelé à déterminer des choix académiques pour certaines actions de la fondation). Que la fondation soit une fondation de moyen n’empêche pas celle-ci de soutenir des activités impliquant des choix académiques, il faut seulement que ces choix académiques ne relèvent pas d’elle.
La seconde raison est que depuis la loi « libertés et responsabilités des universités » bon nombre d’établissement se sont lancés dans la création de fondations auprès d’elles ou de leur champ disciplinaire. Afin de garantir le développement de chacun des établissements, il est indispensable que la fondation nationale ne vienne pas en concurrence des fondations particulières mais plutôt en complémentarité. Or le propre de ses fondations particulières est de parfois impliquer des orientations académiques notamment dans la détermination d’axes de recherche. En conséquence, l’un des moyens pour éviter que la fondation nationale n’empiète pas sur la prérogative des politiques d’établissement eux égard leurs fondations particulières est de limiter les activités de la fondation à la distribution de moyens.
En matière de distributions de moyens, de nombreuses pistes peuvent être envisagées :
- Le financement de contrats doctoraux : le nouveau dispositif du contrat doctoral permet que ceux-ci soient désormais financés via des libéralités et non plus uniquement sur des fonds publics. Cette fondation pourrait alors utiliser ses revenus pour financer des contrats doctoraux. La fondation n’aurait pas pour objet de choisir les sujets de thèses pouvant bénéficier de son concours. La fondation pourrait alors fixer les universités pouvant bénéficier de son financement au titre de l’année N (et pour toute la durée du contrat), il reviendrait alors ensuite à l’université de choisir le doctorant destinataire. Le Conseil National des Universités pourrait aussi choisir des sujets.
- Le logement des doctorants : à l’instar de la Fondation nationale de la Cité universitaire internationale de Paris, une fondation en faveur des études doctorales pourrait avoir la charge de réaliser et gérer des résidences universitaires pour étudiants français et étrangers. Un tel dispositif permettrait d’attirer des capitaux et fondateurs étrangers – d’Etat ou de particuliers. Par ailleurs, alors qu’il ne serait pas concevable pour un Etat de construire une résidence lui étant réservé dans une ville de province, la fondation, elle, pourrait construire une résidence dans une telle ville avec un appartement réservé à un pays, un autre à tel autre etc… permettant ainsi la mutualisation des moyens dans des structures autre que parisiennes. Ses logements pourraient être attribués en priorité aux doctorants ne bénéficiant pas d’un financement de thèse de manière à leur donner ici (le logement) ce qu’ils n’ont pas ailleurs (les droits salariaux).
- Structure de financement de projets : la fondation pourrait notamment accorder des micros-crédits pour les jeunes docteurs qui voudraient notamment se lancer dans la création d’entreprises. Il peut être envisagé que la fondation soit la pourvoyeuse de fond et la Caisse des dépôts assure la gestion.
De nombreuses missions peuvent être accordées à cette fondation notamment en matière d’insertion professionnelle. Concernant, le logement, elle peut être un véritable outil d’aménagement du territoire. Mais cette fondation contribuera surtout à donner un nouveau souffle et une nouvelle image en faveur du doctorat. Seulement pour cela, il importe que l’Etat ne soit pas le seul fondateur. A coté de celui-ci doit y figurer notamment les collectivités territoriales, des Etats étrangers mais aussi des entreprises privées. C’est alors qu’il sera possible de se faire rencontrer des mondes qui ont encore des difficultés à communiquer – l’université et l’entreprise notamment. Les universités aussi peuvent être des fondateurs mêmes modestes car l’important est davantage qu’elles soient présentes que l’importance de leur contribution. Enfin, il ne faut pas oublier l’influence que peut avoir les fondateurs particuliers.
II.3. – L’insertion professionnelle
II.3.a. – Communiquer sur les capacités des docteurs en direction du monde socioprofessionnel.
La création des écoles doctorales (ED) a pour but de renforcer les compétences des doctorants afin d’améliorer leurs entrées sur le marché de l’emploi. Malheureusement, les formations proposées par les ED sont essentiellement “défensives”. Peu, voire rien, n’est fait en direction des entreprises. Celles-ci ne connaissent pas les compétences des docteurs, ne comprennent pas le vocabulaire de l’Université, peinent à s’y retrouver parmi les sigles (UFR, ED, ARED, CIFRE, SHS, CS, etc.). Les responsables des ED sont bien souvent des universitaires. Les représentants du monde du travail manquent cruellement dans les conseils des ED.
Nous voulons que l’Université travaille à la communication vis à vis du monde du travail. Elle doit mettre en place des évènements, des outils de communication (un site web pensé pour les recruteurs, des plaquettes de présentation, etc.). Par dessus tout, elle doit mettre des gens sur le terrain pour aller à la rencontre des entreprises et du monde professionnel. A l’heure actuelle, des associations de doctorants sont beaucoup trop obligés de prendre en charge les insuffisances des universités.
Ex : le travail mené par un réseau de doctorants en Bretagne les amène à organiser des rencontres avec le technopôle Rennes Atalante en direction du monde socio-économique. Ce travail est mené bénévolement, sans le soutien direct des universités bretonnes. Les professeurs des universités ne sont pas associés à ces évènements, pas plus que l’administration universitaire.
II.3.b. – Pour un doctorat-conseil pour tous
Le doctorat conseil est un dispositif d’intervention en entreprise ou dans les collectivités locales qui permet aux doctorants de faire une mission d’un maximum d’une trentaine de jours. Ce dispositif qui ressemble à une mission de conseil, est peu coûteux. Il permet à des doctorants de répondre à un besoin des entreprises et d’acquérir une expérience du monde de l’entreprise. Ce dispositif a démarré depuis plus d’un an et malgré des débuts difficiles, il commence à être utilisé. Il peut être réalisé par des doctorants de sciences dures ou de sciences humaines.
Malheureusement, il ne se destine qu’aux doctorants qui sont déjà titulaire d’une allocation de recherche ou d’un contrat doctoral. Les doctorants non financés, surtout présent en sciences humaines, sont donc pénalisés. Alors même qu’ils n’ont pas de ressources équivalentes à leurs confrères, ils ne peuvent pas non plus prétendre à ces missions.
Nous proposons que le dispositif des doctorats conseils soit étendu à tous les doctorants, sans distinction de financement préalable.
Ex : extrait du site web du MESR http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid20185/doctorat.html
“Partant du constat qu’un tiers des docteurs rejoint le secteur privé trois ans après la soutenance, le ministère a souhaité diversifier l’objet du monitorat et offrir ainsi aux doctorants la possibilité d’enrichir leur formation par la mise en application de leurs compétences au sein du monde socio-économique. Visant un rapprochement de la sphère académique du monde de l’entreprise et une amélioration de leur connaissance réciproque, l’expérimentation du dispositif des « doctorants-conseil » menée à compter de la rentrée universitaire 2007 s’est traduite par l’attribution de 500 nouveaux supports de monitorats à 66 établissements d’enseignement supérieur. Les moniteurs recrutés par ces établissements, dénommés « doctorants-conseil », se sont vus confier la réalisation d’une mission d’expertise au sein d’une entreprise, une administration ou une collectivité territoriale, en parallèle à la réalisation de leurs travaux de recherche”.
I.3.c. – Réaliser un master ou un MBA pendant le doctorat.
Certains doctorats se situent dans des impasses professionnels car les compétences acquises ne sont pas reconnues ni aisément transférables. Le secteur public ou privé ne voit pas comment réutiliser, par exemple, les savoirs d’un docteur en histoire antique, tout comme d’ailleurs le docteur lui-même. Il faut donc investir beaucoup de temps et d’effort pour promouvoir la qualité de ces doctorats avec un résultat aléatoire ou en tout cas insuffisant.
Afin de contourner ce problème, nous proposons que les doctorants qui le souhaite réalisent un master (ou bien un MBA) dans une discipline plus à même d’assurer le transfert des compétences acquises en doctorat. Cette formation leur donnerait une double compétence très aisément valorisable : au doctorat la capacité réflexive, la qualité de l’écriture, une méthode de travail, une capacité d’analyse et à cette nouvelle formation le savoir technique valorisable en entreprise. Elle permettrait de rapprocher grandes écoles et universités par des partenariats de formation à très haut niveau.
Cette proposition pragmatique a été mise en place par de nombreuses universités américaines de tout premier rang, sans que cela pénalise la qualité de leur recherche . Elle concerne des disciplines aussi diverses que la médecine, la physique, ou les sciences humaines.
Cette formation complémentaire d’un an au total pour un étudiant lambda pourrait être étalée dur tout le temps de la thèse pour un volume quotidien de 20% maximum du temps de travail, volume horaire qui correspond à une charge d’enseignement (préparation comprise) d’un moniteur ou charge de travail d’un doctorant-conseil.
Le monitorat de l’enseignement supérieur est un complément d’activité des allocataires de recherche ou des doctorants contractuels. Il leur permet d’assurer un service d’enseignement. En tant que tel le monitorat est une formation à l’enseignement par l’enseignement permettant de préparer des doctorants au métier d’enseignant-chercheur. Son essence est donc de même nature que la proposition présente qui consiste à apporter un complément de formation en vue d’une insertion professionnelle à venir
Ex 2 : quelques exemples des Phd / MBA aux Etats Unis
http://bbs.yale.edu/training/initiatives/phdmba.aspx
http://www.chicagobooth.edu/phd/admissions.aspx
http://www.pgsp.edu/areas-of-emphasis/joint-mbaphd-program
II.3.d. – L’accession à la haute fonction publique
Dans le cadre de l’Etat, les emplois supérieurs sont ceux de la haute fonction publique. Il ne serait pas illégitime pour un doctorant de se dire qu’eu égard les études qu’il a fait il pourrait prétendre justement à la haute fonction publique. Il pourrait comme tout un chacun se présenter au concours de l’Ena. Cependant il faut bien tenir compte d’une réalité sociologique. Le concours est ouvert aux titulaires d’une licence mais chacun sait que la plupart des candidats est au moins titulaire d’un master. Ensuite, les lauréats sont, pour l’essentiel, issus du même cursus qui vaut pour ainsi dire préparation à l’Ena : l’Institut d’études politiques de Paris (d’ailleurs l’organisation de l’IEP de Paris a été modifiée par ordonnance datant du même jour que celle portant création de l’Ena ). Il y a quelques individus qui néanmoins arrivent à entrer à l’Ena sans être passé par l’IEP de Paris. Parmi eux, nombre sont ceux étant titulaire d’un master d’un IEP de province ou étant passés par leur « prép’Ena ». Si les étudiants des IEP sont grandement majoritaires à accéder à l’Ena c’est en raison de la configuration du concours qui repose essentiellement sur l’académisme des épreuves qui répond à une certaine forme d’académisme n’étant pas universel : la dissertation sur le modèle dit « sciences po’ » n’est pas la même que la dissertation juridique ou la dissertation modèle « normal sup’ ». Ainsi le concours de l’Ena ne permet pas la diversification des profils et de recruter des personnalités. Un tel dysfonctionnement est pointé du doigt par différents rapports . Le bien fondé des IEP n’est pas du tout en cause ici. Ils répondent à une attente qui s’est fait jour au XIXème siècle et que Emile Boutmy a su parfaitement identifier. Ce qui est contesté c’est le quasi-monopole de fait qui existe aujourd’hui dans le recrutement de l’Ena. Ceci reviendrait à dire « sans sciences po’ point de salut » ce qui ne peut être qu’un… et un très mauvais message à envoyer à la jeunesse déjà grandement mise sous pression par la hiérarchisation qui existe en France entre disciplines et filières.
La difficulté est alors la suivante. Un étudiant de l’Université devra réapprendre toute une méthodologie ce qui nécessite un investissement de temps de l’ordre de un à deux ans à temps plein en plus d’un master. Il est de suite possible d’identifier le problème que cela pose en termes financiers pour un étudiant et sa famille. Le problème est évidement accentué pour les doctorants dont il a été posé précédemment la légitime prétention aux emplois dits supérieurs. Le doctorat est en effet un engagement sur trois minimum, financé bien souvent et il est donc très délicat, humainement et financièrement de se relancer dans un cycle d’apprentissage avec la frustration de se dire que ce doctorat, hormis une satisfaction intellectuelle personnelle, n’apporte rien de plus en terme de carrière et prétention. A l’heure actuelle, pour prétendre à l’Ena, faire un doctorat et un cycle préparatoire ne donne pas plus de chance qu’un master et un même cycle préparatoire. En conséquence, en l’état actuel des choses, en termes de carrière, un doctorat vaut autant qu’un master.
Dans un rapport de 2007 au premier ministre, Marcel Pochard avait souligné en effet se problème de diversification des recrutements de la haute fonction publique. Il explique bien qu’à l’heure actuelle, la haute fonction publique recrute à quasi parité par l’Ena ou au tour extérieur. Mais il explique que ces recrutements sont bien de nature différente puisque le tour extérieur recrute des fonctionnaires ayant déjà de l’expérience et de fait 40 ans minimum. Le problème du renouvellement se pose au niveau du recrutement des jeunes fonctionnaires ou effectivement le même profil domine. Afin de pallier cette insuffisance de diversité, M. Pochard dans son rapport a proposé qu’à coté du concours externe classique soit créé un concours ouverts aux jeunes étudiants. Il s’inspire pour cela de la méthode de recrutement à l’anglo-saxonne dite « fast stream ». Il s’agit d’un concours en trois épreuves :
- un test de raisonnement verbal et numérique dont le caractère hautement sélectif est avéré
- un exercice de simulation par groupe de candidat pour étudier les réactions de chacun, la capacité de prise de décision, d’organisation du groupe …
- un entretien avec un haut fonctionnaire à la carrière bien avancée, un jeune haut fonctionnaire et un psychologue
Ainsi sont-ils recrutés les hauts fonctionnaires au Royaume-Uni. C’est un mode de recrutement qui assure une grande diversité des origines et met beaucoup plus en avant les personnalités. L’un des défauts que présente le système anglo-saxon est qu’il n’y a pas d’école unique d’administration, chose souvent regrettée.
Marcel Pochard a envisagé ce nouveau mode de recrutement pour ouvrir l’Ena à des personnes n’ayant pas le profil dit « science po’ ». D’ailleurs, la proposition de M. Pochard répond à une mission du 1er ministre d’alors, Dominique de Villepin :
Le Président de la République a (…) souhaité que, dans le respect du principe du concours, une place plus grande soit faite à des profils différents et actuellement peu représentés, notamment des personnes issues du monde universitaire ou du secteur privé. Cela doit conduire à la création, à côté des filières classiques de recrutement par la voie de l’Ecole nationale d’administration (concours interne et externe) qui seront maintenues, de voies d’accès aux postes de responsabilité en début et en cours de carrière, fondées sur l’expérience professionnelle des intéressés ».
Ainsi donc cet impératif d’ouverture, notamment aux étudiants des Universités, répond à une demande formulée au sommet de l’Etat.
Le problème d’un tel type de recrutement est l’a priori défavorable dont il peut être entaché. En effet, en France, la dissertation académique est considérée comme le seul moyen acceptable pour recruter les fonctionnaires, le seul où l’impartialité joue. Cet argument a évidement du poids. Dans le cadre du présent dossier, la valeur de l’académisme n’est pas du tout mit en cause. Par ailleurs, pour que l’Etat soit efficace, il est évident qu’il ne faut aucun discrédit, fondé ou non, sur le mode de recrutement des fonctionnaires. C’est alors que la Confédération étudiante propose d’ouvrir ce concours externe nouveau aux jeunes titulaires d’un doctorat. La modalité propre au concours permettra ainsi de recruter des individus d’univers, disciplines et régions variées. L’exigence du doctorat permet de pallier la critique de l’absence de valeur académique. En effet, il est difficilement contestable que la réalisation d’une thèse est l’exercice le plus académique qui soit. L’académisme se retrouve aussi dans la rédaction d’article ou les communications des colloques et conférences. Bref, le docteur porte en lui toute présomption de savoir et savoir-faire académique.
Par ailleurs, ouvrir ce concours aux doctorants permet de justifier la différence de concours. En effet actuellement, les individus reçus au concours externe de l’Ena sont pour la plupart titulaire d’un master (quand bien même le concours soit ouvert au niveau licence). Dans l’esprit du rapport de M. Pochard, le second concours externe serait aussi ouvert a des étudiants de master. Il est délicat de justifier, auprès de l’opinion publique surtout, deux voies d’accès différentes pour, juridiquement, le même public avec l’idée en plus de suspicion que peut engendrer le modèle anglo-saxon. Ainsi le concours externe ancien serait ouvert à ceux ayant fait le choix de la voie dire rapide ouverte dès la licence et le second concours externe sur le modèle anglo-saxon réservé à ceux ayant choisi la voie plus longue qu’est le doctorat.
Un autre argument entre en ligne de compte. Au Royaume-Uni, environs 10.000 personnes se présentent au concours de recrutement des hauts fonctionnaires. Sans présager de la réussite ou non de se dispositif auprès du public, il n’est pas impensable que le nombre de candidat en France dépasse largement ce chiffre s’il était ouvert aux titulaires d’un master. L’objet d’un tel concours est entre autre de lancer un message d’ouverture, la confiance que celui-ci pourrait inspirer peut conduire à des candidatures en masses. Actuellement, 70.000 étudiants sont inscrit en thèse en France (pour indice, ce chiffre est peu ou prou le même que ceux inscrits en école d’ingénieur ou en classe préparatoire aux grandes écoles). Si le second concours externe est ouvert aux jeunes docteurs (imaginons une limite d’âge fixée à environ 30-32 ans), le public concerné par le concours sera d’à peu près 50.000 personnes. Parmi les jeunes docteurs, tous ne sont pas intéressés pas une carrière dans la haute fonction publique. Quoiqu’il en soit, le doctorat permet de surcroit d’opérer une première sélection à l’intérêt numérique non négligeable.
La portée d’un tel dispositif
Actuellement l’Ena recrute chaque année 80 fonctionnaires. Si aux trois concours existant s’ajoute le second concours externe, le nombre de reçus au titre de ce concours ne peut pas être pharamineux. Néanmoins il doit être d’au moins 10 reçus pour être intéressant. Evidement ce n’est pas beaucoup mais à cela deux remarques peuvent être faites :
- tout d’abord, ce mode de recrutement pourrait être ouvert plus spécifiquement aux doctorants scientifiques pour les écoles aux corps techniques de l’Etat (Polytechnique, Mines, Ponts…). Ce concours peut aussi être ouvert par l’INET (la haute fonction publique territoriale)
- Ensuite, par ce dispositif il s’agit d’envoyer deux signaux. Le premier à l’intention des employeurs autre que l’Etat : en effet si l’Etat trouve son compte dans le recrutement de ses cadres supérieurs auprès des doctorants, il peut en être de même pour toute autre structure même privée – les entreprises ont bien recruté bon nombre d’énarques. Le deuxième signal est à destination de l’ensemble de la société. En effet recruter ses hauts fonctionnaires auprès des doctorants c’est aussi reconnaître la valeur de l’Université et de ses formations et ainsi redorer l’image de l’institution pour qu’elle fasse jeu égale avec les grandes écoles









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