Les nouveaux costumes des phallocrates

Par Michèle Vianès

Des attaques contre les acquis féministes se manifestent de façon coordonnées. Mais en s’habillant de nouveaux costumes : sous prétexte de bien-être des enfants, de « libération sexuelle », ou de considérer l’égalité des droits humains comme une conception occidentale, donc « colonialiste », on voit resurgir la vision archaïque, inégalitaire de la hiérarchie hommes /femmes.


Les idées reçues sont entretenues par une instrumentalisation du vocabulaire. Une confusion volontaire est créée autour des mots qui désignent les droits universels de la personne afin de les déconsidérer.

Les machocrates utilisent toujours deux discours pour obtenir l’adhésion à la soumission : soit l’intimidation, avec menace de punition sur terre ou au ciel (éternelle) si les femmes n’obéissent pas aux traditions, soit une hypocrite protection.

Trois illustrations de cette stratégie.

1 Autonomie financière des femmes
Tous les rapports des experts dans le monde confirment que le développement et la richesse d’un pays sont liés à l’émancipation des femmes de ce pays. L’inégalité des sexes est la cause principale de la pauvreté et de l’exclusion.

Aujourd’hui les phallocrates ne vont pas directement dénoncer le travail des femmes, ce serait ringard. Par contre l’idéologie machiste évoque mieux-être, bonheur, valeurs éducatives.

Les congés parentaux pris quasi-exclusivement par les mères (98%), renforcent les pratiques discriminatoires sur le marché du travail ainsi que le retour à la spécialisation traditionnelle des activités entre parents, au nom de « l’efficacité économique », des dispositions « naturelles » des femmes et des hommes et/ou de leurs préférences supposées.

L’articulation activités professionnelles/ activités domestiques reste l’affaire des femmes. Cibles des actions publiques, elles qui cumulent les obligations. Ceci entérine l’assignation des mères aux activités parentales et a un impact négatif sur l’orientation des jeunes filles.

2 Le système prostitutionnel
C’est une des piliers de l’inégalité sexuelle et des violences envers les femmes. Mais pour certains le sexe des femmes serait un produit marchand à intégrer dans l’économie mondiale.

Le droit a une pleine égalité sexuelle des hommes et des femmes, au plaisir sexuel des femmes comme des hommes,  de n’être soumise à aucune exploitation sexuelle est détourné en « Droit à être prostituée ». Le rapport de domination serait inversé, mais il n’est nullement question d’égalité. C’est l’idée perverse du choix personnel de quelques personnes pour soumettre l’immense majorité des prostitués-e-s à subir violences sexuelles et exploitation.

La légalisation du proxénétisme en « industriel du sexe » a pour corollaire la légitimation des  clients comme consommateurs de sexe et non la liberté pour les prostituées.  Aubaine pour les proxénètes et les trafiquants d’êtres humains. La prostitution devient « travail » du sexe. Des associations d’aide aux prostituées sont financées par les proxénètes.

On revient aux schémas archaïques : les prétendus besoins irrépressibles des hommes et l’objetisation du corps des femmes.

3 La prégnance des idéologies théocratiques
L’avancée des droits des femmes s’est faite dans tous les pays du monde, à partir des années 1960.

Les communautarismes religieux considèrent l’émancipation de la femme comme la cause de tous les fléaux de la société, maux qui disparaîtraient si l’on revenait aux conceptions théocratiques de domination des hommes et à l’acceptation par les femmes de leur soumission.

Tous les intégrismes religieux mènent le même combat pour maintenir les femmes dans « leurs » obligations : reproduction de la famille et gratification sexuelle du mari. Les tenants de l’islam politique vont, en plus de la peur de l’autonomie des femmes, utiliser la haine de l’Occident pour obtenir l’assujettissement volontaire des femmes. L’émancipation des femmes serait un phénomène occidental et à ce titre, contraire à l’islam ! Imposer le droit universel serait du néo-colonialisme, voire du néo-esclavagisme.

Les rapports sociaux de sexe patriarcaux seraient « librement » consentis. Des benêts compassionnels acceptent séparation et inégalité femmes /hommes pour celles définies comme « non-occidentales ». Le relativisme culturel est du racisme puisqu’il interdit à des personnes de jouir des droits fondamentaux universels.

L’archaïsme d’une société se mesure au fossé qui sépare les droits des femmes de ceux des hommes. Le vieux mur de la phallocratie érige toujours des frontières entre les hommes et les femmes. C’est à la vigilance citoyenne des femmes et des hommes d’abattre ces vieux murs et leurs fondations pour vivre ensemble par delà les différences.

Michèle Vianès, présidente de Regards de Femmes

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